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B – Les neuf Yâna
Les Yâna
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Les 3 Yâna
Pour réaliser cela, il y a 3 véhicules, 3 moyens d'accéder à la nature de l'esprit. Le moyen, c'est la méditation en bas, la compassion au milieu et la dévotion en haut.
Le véhicule fondamental est relié à la méditation, le mahayana est relié à la compassion, et le cœur du vajrayana est la dévotion ou la perception pure. Pour le dire simplement, le véhicule fondamental est la paix, le mahayana est la compassion et le vajrayana est la sagesse.
L'essence est de réaliser la nature ultime, d'arriver à la nature originelle, de purifier notre esprit et notre être, c'est à dire le karma, et de réaliser ultimement la nature de notre esprit éveillé. Pour y arriver, les 3 voies sont méditation, compassion et dévotion.
Mais qu'est-ce qu'on fait quand on pratique pour de bon? Parfois vous pratiquez simplement, trop simplement. Vous avez vraiment besoin d'entendre des enseignements. Parfois les enseignements sont tellement détaillés et élaborés, que c'est simplement un enseignement que vous écoutez, mais vous n'arrivez pas à le faire entrer en vous et dans votre pratique. Alors que faire?
Les points cruciaux, c'est tirer des enseignements les points le plus importants, ceux dont vous avez vraiment besoin pour votre pratique. Donc, vous devez l'intégrer en vous-même, dans votre pratique.
L'enseignement du bouddha est très vaste. La parole du bouddha à elle seule fait 108 volumes (le Kangyour) et les paroles des grands maîtres indiens (le Tengyour) fait 240 volumes. Les écritures bouddhistes sont très vastes. Cette approche vaste est celle des érudits, des pandits. Il y a l'approche des érudits, l'approche vaste, tandis que l'approche profonde est celle des yogis, des pratiquants.
Le yogi, c'est vous, votre attitude, la façon dont vous voyez les choses. Un yogi, c'est quelqu'un qui a la compréhension, qui a la pratique en lui. Yoga, c'est l'Union. Comment vous vous reliez aux phénomènes et aux choses. Donc un vrai pratiquant, c'est quelqu'un qui intègre l'enseignement et qui l'amène dans son expérience afin de s'améliorer et d'améliorer les autres. Donc il y a l'approche vaste et il y a l'approche profonde.
Et quand on a demandé quelle est l'essence de votre enseignement, il a répondu: ne commettre aucune action négative, cultivez un trésor de vertu et comptez cet esprit qui est le vôtre. Ceci est l'enseignement du bouddha.
Tant qu'on en a qu'une compréhension intellectuelle, comme une doctrine à laquelle on adhère, on n'a pas réalisé le dharma. C'est tout juste la première étape.
Les 9 Yâna
Les 9 Yâna sont un développement des 3 Yâna. C'est une façon d'expliquer les 3 Yâna qui est propre au Nyingmapa.
Il y a deux périodes de transmission du dharma au Tibet. La période dite ancienne, Nyingma en tibétain, et une période dite nouvelle, Sarma. L'école dont on le reçoit les enseignements, où il y a les enseignements dzogchen, c'est l'école Nyingmapa. Ceci dit, Rinpoché parle aussi sans cesse des autres écoles du bouddhisme tibétain et même d'autres formes du bouddhisme. Les Kagyupa, les Gelugpa, etc., sont des écoles dites Sarma, nouvelles, parce qu'elles sont arrivées plus tard.
Les 9 Yâna sont composés de 3 Yâna basés sur les soutras et de 6 Yâna basés sur les tantras.
Les véhicules basés sur les soutras
Il y a les véhicules basés sur les soutras, ou véhicules causaux. Les soutras sont des textes qui rappellent les paroles du bouddha. Tous ces soutras commencent par la parole: ainsi ais-je entendu. En ce temps-là, le bien heureux se tenait à tel endroit...
Les véhicules causaux, sont basés sur la cause. C'est à dire que le chemin consiste à créer les causes pour atteindre l'éveil. On créé, on accumule les causes pour atteindre l'éveil, en travaillant avec son esprit, en méditant, en s'adonnant à toute sortes de disciplines.
Tous ces véhicules s'appellent la voie du renoncement parce que c'est basé sur le fait de renoncer à ce qui est négatif et adopter ce qui est positif.
Il y a 2 véhicules liés au Hinayana et 1 véhicule lié au Mahayana.

Hinayana
D'abord, on parle du hinayana, le petit véhicule, le véhicule fondamental.
Petit, parce qu'on parle d'une libération individuelle. On ne vise pas à œuvrer pour l'éveil de tous les êtres. On se concentre d'abord sur son propre salut, et de là, on pourra œuvrer au bien de tous les êtres, mais on se concentre d'abord la dessus. C'est ce qu'on appelle aussi le véhicule fondamental.
On dit fondamental, car c'est effectivement fondamental. Si on n'a pas réalisé les points du petit véhicule, ce n'est pas la peine de penser au reste. On peut penser qu'on est un grand pratiquant, mais si les points du hinayana n'ont pas été réalisés, on est rien de tout ça.
Ça c'est le hinayana, le véhicule fondamental. Là-dedans, vous trouvez deux véhicules: le Sravakayana, véhicule des auditeurs, et le Pratyekabuddha.
Sravakayana
Les auditeurs sont ceux qui ont entendu la parole du bouddha. Soit parce qu'ils étaient là il y a 2500 ans, soit parce qu'ils écoutent les soutras (c'est ça que ça veut dire littéralement). Dans les monastères, quand on récité les soutras, c'est comme pour revenir à ce moment où le bouddha a enseigné. On réussite l'enseignement du bouddha. On le suscite à nouveau.
Dans les Sravakayana, vous avez toute la base des enseignements bouddhistes. On pourrait résumer ça aux 4 nobles vérités. Les 4 nobles vérités, ça contient tout. Ça donne tout le sens du chemin.
Un point important ici, c'est le sens de renoncement. On voit que le samsara est une façon pour nous de perpétuer notre propre souffrance, et on amène un sens très fort de résolution de sortir de ce fonctionnement-là.
Pratyekabuddha
Il y a un deuxième véhicule, un peu plus étonnant, qui s'appelle le Pratyekabuddha. Le véhicule des bouddhas solitaires.
Ça concerne ceux qui ont le mérite pour atteindre l'éveil, mais qui vont le faire dans un contexte où ils sont prêts, mais où il n'y a plus de bouddha, dharma et sangha pour les guider. Mais ils ont tout en eux pour réaliser ça. Ils ont reçus des enseignements des bouddhas dans des vies précédentes. Et ils vont se baser notamment sur les 12 liens interdépendants.
Ça permet, dans la suite des 9 Yâna, d'avoir un stade intermédiaire, dans la vue, dans les enseignements, qui est plus profond que le Sravakayana, et qui prépare, fait le lien avec le mahayana.
Quand on le fait traditionnellement, on va complètement étudier la vue du premier Yâna, passer beaucoup de temps la dessus, l'intégrer complètement, et puis on va passer au deuxième. Et là, brusquement, tout change. On change de paradigme. Là, il y a quelque chose qui se passe, dans ce changement. Et puis on passe au troisième, etc...
Mahayana
Ensuite, on parle du mahayana.
Là, la perspective devient beaucoup plus grande. C'est le grand véhicule ou véhicule universel ou de l'immensité. C'est le véhicule des bodhisattvas. C'est à dire qu'on chemine pour soi mais aussi pour les autres. Et même en mettant les autres devant soi. C'est précieux esprit d'éveil, qui est le souhait ardent d'atteindre l'éveil pour le bien de tous les êtres sensibles.
C'est grand, parce que c'est un véhicule qui inclut tous les êtres, parce qu'il y a une vue de la vacuité qui est complète, c'est à dire que la vacuité est sans exceptions. Il n'est rien qui ne soit vide. Tandis que dans le hinayana, il y a des choses qui résistent à la vacuité. Ça c'est ce qu'on va voir cette année.
Véhicules basés sur les Tantras
Ensuite, l'année prochaine, on va parler des véhicules basés sur les tantras.
Ici, c'est aussi basé sur la parole du bouddha, simplement au niveau du sambhogakaya, voir du dharmakaya. C'est le bouddha Vajradhara, par exemple. Il y a d'autres manifestations. Ce sont les véhicules du fruit. On pourrait dire qu'avant c'était la cause, maintenant c'est l'effet.
Quand on va atteindre l'éveil, dans le vajrayana on va beaucoup insister la dessus, ce n'est pas qu'on atteigne l'éveil, mais on cesse d'être illusionné, parce qu'on est déjà un bouddha. Simplement, on a un peu de mal à s'en rendre compte. On a tendance à s'identifier à autre chose.
Ça c'était déjà expliqué dans le mahayana, mais ça devient très clair dans le vajrayana, et ça devient la base même de la pratique. Fondamentalement, la vue dans le mahayana n'est pas différente de celle du vajrayana, vacuité et nature de bouddha, simplement on en tire des conséquences drastiques.
Ça change toute la pratique. Ce n'est pas la même chose de dire que la, moi, être illusions, je créé tranquillement des causes pour l'éveil, que de dire, non, je suis déjà éveillé. Dans le vajrayana, on va faire des pratiques de visualisation. On va visualiser des formes du dharmakaya et du sambhogakaya pour se rappelle ça. Pour y revenir.
Il y a plein de formes de déité, comme ici, Vajrakilaya, Guru Rinpoché, ou la tanghka du Tendrel Nyesel. Tout ça c'est des formes dans leur multiplicité, des formes du nirmanakaya, du sambhogakaya, qui sont là pour nous rappeler cette nature de bouddha. Ça c'est l'approche du vajrayana.
Tantras internes et externes
Il y a 6 types de tantra: 3 externes et 3 internes qui sont présentes avec une forme hiérarchique.
Chaque fois, on va vers une profondeur accrue, et chacun est comme le marchepied qui permet d'aller vers le suivant. On progresse comme ça, parce qu'on a du mal à se faire à l'absolu. C'est à dire qu'on a tous la nature de bouddha, mais on a un peu de mal à se faire à cette idée. Ici, nous avons une façon progressive qui nous amène à réaliser cela. C'est pour ça qu'il y a 6 classes de tantras.

Tantras externes
Vous avez trois types de tantra externes: Kriyatantra, Caryatantra et Yogatantra.
Les 3 tantras externes étaient beaucoup pratiqués en inde. Ils ont été transmis au japon, dans le bouddhisme Shingon. Dans le bouddhisme tibétain, ils sont pratiqués assez peu. On se concentre plus sur les tantras internes.
Les deux premiers, Kriyatantra et Caryatantra, sont basés sur la purification. Ici, on n'est pas en train de renoncer, on purifie. C'est différent comme idée. On va se baser sur des visualisations de déité, et c'est grâce à la déité, qui représente notre nature de bouddha qu'on va se purifier. La visualisation de la déité, qu'on voit plutôt extérieure à soi, va être le rappel de notre nature fondamentale, et va venir nous purifier, nous, êtres illusions, impurs... si vous voulez, on a besoin dans un premier temps de mettre ça hors de soi.
C'est comparable à Vajrasattva dans le ngöndro. Mais attention, Vajrasattva dans le ngöndro, c'est déjà les tantras internes, parce qu'il s'agit du ngöndro des tantras internes. C'est le longchen nyingthik ngöndro. C'est déjà le dzogchen. C'est donc un préliminaire à ça.
On ne les pratiques pas, mais on va quand même les étudier, parce que ça nous donne cette vue qu'on approche graduellement vers le plus ultime, le dzogchen. C'est intéressant de voir les étapes la dedans
Le Kriyatantra étant très attaché à la pureté rituelle. On l'appelle des fois le véhicule des brahmanes. Les brahmanes sont très attachés à la pureté rituelle. Ils habillent de blanc, etc., comme support, pour se rappeler de notre pureté fondamentale, mais ça passe par beaucoup de rituels, propreté rituelle, manger des aliments blancs, s'habiller en blanc. On considéré la déité comme supérieure.
C'est assez extérieur encore. Tandis que dans le Caryatantra, on va considérer la déité non pas comme supérieure mais comme égale. Elle reflète notre nature. Quelque chose vers lequel on va abolir de plus en plus la dualité. Moins il y a de dualité, plus on monte dans les tantras.
Le dernier, le Yogatantra, le tantra de l'union, c'est déjà basé sur la voie de la transformation. Le tantra de l'union fait le lien entre tantra externes et internes. Dans ce tantra de l'union, on est dans la transformation. Dans le Vajrayana on va dire qu'on reconnait la colère pour ce qu'elle est. C'est une manifestation de la nature de bouddha. La colère sans égo et sans saisie, c'est de la clarté. C'est une colère qui ne nuit à personne. Précisément parce qu'il n'y a personne pour la saisir, personne pour s'identifier à ça. C'est un mouvement d'énergie. Le désir, si on le reconnait comme la manifestation de la nature de bouddha, il n'y a plus personne pour s'en emparer. C'est de la béatitude. Donc là, il y a ce principe de transformation, de transmutation. C'est ce côté un peu alchimique du Vajrayana. Et déjà dans le Yogatantra, il y a ce principe-là. Le Yogatantra sert de transition entre tantras externes et tantras internes.
Tantras internes
Après on entre dans les tantras internes. C'est ça qui est pratiqué au Tibet. La différence, entre les deux, c'est que dans la pratique des tantras externes, dans les Sadhana, on pratique séquentiellement la vérité absolue/relative. Il y a des moments qui correspondront à l'affirmation de la vérité relative et des moments qui qui correspondront à l'affirmation de la vérité absolue. Tandis que dans les tantras internes, c'est toujours les deux en même temps.
Ensuite le Mahayoga, le tantra de la grande union. Dans les Sadhana, on va plutôt insister sur la phase de développement. Faire naitre la déité. Parce qu'on est dans le samsara depuis des temps sans commencement, on a l'habitude de naitre. Nous naissons sans cesse. Nous sommes nés de très nombreuses fois, même si on ne s'en rappelle pas toujours, mais on est dans la base de la confusion, de l'ignorance. Ici, on va apprendre à naitre sur la base de la sagesse et de la compassion. C'est ça la phase de développement. Dans le Mahayoga, on va insister là-dessus, et il y a beaucoup de pratiques qu'on fait quand on aborde les Sadhana, qui sont du type Mahayoga.
Ensuite vous avez Anuyoga, le tantra de la perfection, qui va être basé sur la phase d'accomplissement. Ce qu'on appelle parfois la dissolution, c'est la fin de la pratique, et ça correspond au fait de purifier l'habitude de mourir. Ici, on ne va pas mourir de façon ordinaire, on va revenir simplement à l'absolu. Dans l'Anuyoga, vous avez aussi toutes les pratiques du Tsaloung (basés sur la respiration), on va dire du corps subtil, pour faire vitre. Et là, on est toujours dans la voie de la transformation. On transforme les émotions négatives ordinaires en sagesse. On pratique aussi Vajrakilaya, on transforme la colère.
Et puis vous avez la cime de tous les véhicules, la voie de l'auto libération, Atiyoga, que vous connaissez sous le nom de Dzogchen. La grande perfection, la grande complétion. Ici, c'est une voie de l'auto libération. C'est-à-dire que c'est basé sur la reconnaissance de Rigpa, de la nature de l'esprit. Il ne s'agit même pas de transformer les émotions, mais de les reconnaitre directement comme une manifestation de Rigpa. Il n'y a pas d'action de transformer quelque chose en autre chose. On reconnait directement ce que c'est.
Qu'est-ce qui permet ça? C'est que les 8 premiers véhicules sont basés sur sem, l'esprit ordinaire. On utilise l'esprit ordinaire. Même dans les tantras les plus élevés, vous allez vous visualiser comme la déité, mais c'est un effort de l'esprit ordinaire. Des fois votre visualisation vous joue des tours. La déité penche d'un côté ou de l'autre, change de couleur. Vous voyez bien que c'est l'esprit ordinaire qui est à l'œuvre. C'est purifier l'esprit ordinaire en lui faisant visualiser des formes du nirmanakaya et du sambhogakaya. C'est basé sur sem. Tandis que le neuvième véhicule, le dzogchen, est basé sur Rigpa. C'est à partir de Rigpa.
Résumé
Vous avez donc plusieurs distinctions. Si on reprend rapidement, le schéma.
Les deux premiers véhicules, sont basés sur le hinayana (Sravakayana, Pratyekabuddhayana). Tous les autres 7 véhicules sont basés sur le mahayana. Il y a donc un changement de motivation entre les deux.
Les trois premiers véhicules sont basés sur les soutras, sont des véhicules basés sur la cause. Les six autres sont basés sur les tantras. Ils sont les véhicules du fruit. Ils font partie du Vajrayana.
Les 8 premiers véhicules sont basés sur sem, l'esprit ordinaire, le neuvième est basé sur Rigpa.
Dans la pratique des tantras externes, on pratique séquentiellement la vérité absolue et relative. Tandis que dans les tantras internes, c'est toujours les deux en même temps.
Le véhicule le plus profond, c'est celui que vous pouvez pratiquer.
Mais si au fond de vous, vous n'avez pas renoncé au mode de vie samsârique, et ça c'est dans le tout premier véhicule qu'on travaille là-dessus.
Il y a à la fois une hiérarchie, il y a des choses plus élevées, et d'un autre côté, il ne faut pas s'y laisser prendre à cette idée de hiérarchie, et dire moi je veux le truc le plus élevé. Il faut regarder ça comme une carte du chemin, mais aussi de notre être et de ce par quoi l'on passe sur ce chemin.
Fondamentalement, on est le dzogchen. Le dzogchen, c'est ce qui est tout le monde. C'est la nature profonde de votre boulanger, de votre chien. C'est ce qu'on est, tout simplement. Simplement, le point, comment en venir à le réaliser? Il faut les 8 véhicules. Et même en ayant un aperçu de ce qui est le fondement du neuvième, si s'est pas appuyé sur les 8 véhicules, et notamment le premier, le renoncement, ça n'aura pas un vrai effet. C'est très important de réfléchir à ça.
Donc, ce n'est pas linéaire. On ne va pas gravir, comme dans une initiation. On pourrait prendre ça comme ça. En fait, ce n'est pas du tout linéaire comme ça. C'est très cyclique. Vous pourriez très bien avoir eu cette expérience, parce que vous auriez eu une première expérience de conférence avec Sogyal Rinpoché où il a amené à la nature de l'esprit. Parce que c'est ce qu'il fait. Et vous pourriez avoir vu ça. Mais ça n'empêche pas qu'il y a tout le chemin à parcourir quand même et à aborder des sujets aussi peu sexy que le renoncement. Parce que ça travaille sur nos schémas, en profondeur.